Le vaginisme

Ouiiiii! On va encore parler d’un sujet qui dérange !

Après les violences sexuelles, après la prévention du cancer des seins, on va parler (roulements de tambour qui font monter le suspense) LE VAGINISME (J’te jure dans ma tête ça sonne comme le 3ème volet d’un gros nanar, avec le bruit de Inception : tuuuuut. Mais si tu vois : clique là. Aaaah ! Tu vois que tu vois! ). Bon JJ, si on passait aux choses sérieuses ? Non parce que t’essaies de gagner du temps de lecture, mais au final, les nanars, c’est pas le sujet.

Bon, on commence par quoi ? Le perso, l’avis professionnel, la définition ?

Le vaginisme keskecé ?

C’est une dysfonction sexuelle féminine qui se manifeste par une contraction involontaire des muscles du périnée, à l’entrée du vagin. Cela rend impossible toute pénétration vaginale lors des relations sexuelles, évidemment, mais souvent aussi pour un examen gynécologique ou même l’insertion d’un tampon hygiénique.

Le vaginisme peut être présent lors de la toute première relation sexuelle, on l’appelle dans ce cas « vaginisme primaire. » Il arrive aussi que des femmes qui ont connu une vie sexuelle active voient celle-ci prendre fin abruptement, c’est alors un vaginisme dit « secondaire. »

En gros, ça fait mal. C’est incontrôlable. Et ça peut arriver à toutes les femmes.

Et maintenant je vais te raconter depuis le début.

Comme ça, tu vas comprendre au départ, comme moi du haut de mes 15 ans, la détresse. On va remonter encore un peu avant ça même. Eh, on va vraiment devenir intime (mais j’men tape, on est pote non? Puis si ça peut aider, toi, ta fille, ta sœur, ou la société et ses tabous...)

Parce que non C’EST PAS TABOU. Excuse moi, peut on m’expliquer pourquoi le mercurochrome il a le droit d’être rouge mais le liquide sur les serviettes, il est bleu ? Eh les p’tits pot’s, notre sang il est pas bleu et il ressemble pas à de la lessive.

Bon, revenons à notre sujet.

J’vais pas pouvoir tout traiter d’un coup moi, j’ai pas l’intention d’écrire un roman, ni la prétention d’en savoir quelque chose de plus que tout ce qui a déjà été écrit. Mais vas lire un peu tout ce qui est tabou et femme, et après on parle de féminisme si tu veux.

BON. J’ai 11 ans, on est le jour d’Halloween (drôle de coïncidence), et ça y est, mon corps a décidé qu’aujourd’hui, je deviendrai fertile. J’ai de la chance, j’suis entourée par des femmes sans tabous, que ce soit la famille, mes amies, leurs familles. Alors je savais. J’étais « prête ». J’avoue je m’attendais à des douleurs terribles, un grand changement. Bah non enfaite, j’avais déjà de la poitrine à l’époque, j’faisais déjà 1m68, c’était juste qu’il fallait apprendre à vivre avec la peur des tâches une semaine par mois. Pour te dire à quel point ça n’a rien changé pour moi, j’ai appris à mettre un tampon le jour même, et on n’est parti au cinéma (voir le Parfum si tu veux tout savoir). C’était pas un grand chamboulement.

Mais c’est ce jour là où j’aurai du commencé à poser des questions. Peut être ça aurait changé quelque chose pour la suite.

« Pourquoi ça fait mal de mettre un tampon ? Comme vraiment douloureux ? »

J’me suis dit que ça devait être normal. J’me suis dit : on arrête pas de dire qu’il faut souffrir pour être belle. Alors c’est peut être ça, ça vient avec le package, et encore, mes règles ne sont pas douloureuse, j’ai de la chance.

Vers 15 ans j’ai commencé à me poser des questions, à pas comprendre pourquoi j’avais si mal. On m’a mis sous pilule. Ça n’a rien changé. Après on m’a arrêté la pilule en disant que c’était ça. Ma gynéco, m’a expliqué que ça devait être une vestibulite, alors elle m’a envoyé chez une dermato. Toi non plus tu sais pas ce que c’est. Bah mon moi de 15 ans non plus. Puis ce sont pas les 2 phrases que la gynéco m’a dit qui ont changé ça. Et cette dermato, aussi sympa qu’elle était n’a rien trouvé. Alors on m’a envoyé chez une chirurgienne. Puis une autre dermato, une autre chir, une sage femme. Une sage femme que j’ai vu 15 fois, qui m’a juste appris à respirer, avec un doigt dans le vagin, qu’elle me faisait mal que j’avais envie d’en chialer, mais elle m’a dit qu’après j’irai mieux.

J’avais 17 ans. Et j’avais pris 15 séances de doigt dans le vagin. Ça n’a rien changé. Retour à la case départ. J’ai 17 ans, ça fait 2 ans que je vois des spécialistes qui ne trouvent rien. Alors ma gynéco me dit : « c’est du vaginisme. C’est psychologique. Donc c’est à vous de faire le travail, ça s’arrangera, je peux rien faire pour vous. D’ici là, c’est vrai que votre vie sexuelle va être compliquée. »

Je peux pas mettre un tampon sans avoir mal, qu’est ce que tu me parles de vie sexuelle. Et ok, tu dis que c’est psycho, alors c’est bon t’es dédouanée et tu me laisses comme ça, à 17 ans. Tu me lâches un mot comme ça, le prix d’une consultation et un démerde toi. J’ai 17 ans et j’tire un trait. J’me fais une raison. J’aurai pas de vie sexuelle. Voilà. A 17 ans tu te dis que la vie sexuelle est morte. Triste, mais chacun ses souffrances. Alors j’ai aussi commencé à penser que je n’aurai jamais d’enfants.

J’ai toujours mal, j’passe à la cup menstruelle parce que c’est le moins douloureux pour moi, le plus économique et écologique. Mais j’me suis fait une raison, c’est comme ça, c’est psy, ça passera apparemment, si je trouve le pourquoi du comment. Sinon tant pis, ce n’est pas le problème des spécialistes ni des autres mais le mien. J’commence à apprendre à vivre avec. Autant te dire, que la folie de la vingtaine chez moi ça a été plate.

Mais j’évitais d’avoir mal, et j’évitais la conversation.

En 2017, j’ai 23 ans. La petite mononucléose des familles. L’épuisement. La reprise. Le burn-out. Voir un psy n’était pas une option. J’avais fait 6 ans de psychanalyse, très peu envie d’y retourner. Alors j’ai essayé autre chose : l’acuponcture. On a beaucoup parlé avec elle. De tout, de rien, de soucis, de petits bonheurs. Un plaisir cette femme. J’ai réalisé pas mal de choses avec elle. Pas forcément agréables, mais des choses enfouies qui fallait sortir. Mais pour le vaginisme, elle dit que c’est une base psychologique, mais probablement que depuis tout ce temps, c’est aussi mécanique. Je fais quelques séances, elle diminue la douleur, sans qu’elle parte vraiment. Mais c’est plus viable.

J’ai 23 ans, et pour la première fois, je me dis que c’est soignable. Que maintenant, ça dépend de moi maintenant, des choses que j’ai apprises sur moi, et du travail que j’ai à faire. Je me dis que avec mon départ, ça va peut être s’arranger. Que certaines choses en France m’empêchent d’aller mieux.

J’essaie de faire ma vie autre part, loin. De repartir, de recommencer et d’essayer de me soigner, psychologiquement, vu que c’est le problème.

J’suis à l’autre bout du monde. Je trouve des personnes incroyables, avec qui je parle pour la première fois de certaines choses. Tout sort. Peut être un peu violemment pour ces personnes. Mais ça sort. C’est enfin sorti. J’peux en parler, me rendre compte que c’est pas une honte. Ça me fait du bien. Si tu savais. J’en arrive même à un point où j’arrive à en parler en France. A des ami.e.s qui ne comprenaient pas. Tout ce que j’ai sur la conscience, je commence à en parler. Ça ne règle pas les problèmes de vaginisme.

Mais j’ai 25 ans, et j’ai pas honte. Pour la première fois.

Tu le sens à quel point je fais mon travail psy ? Tu sens que j’avance ? Bah mon vagin lui il s’en balec. Rien ne change. Il est là pepouz, il a même appris à jouer des castagnettes 1 semaine par mois avec son pote l’utérus, apparemment, c’est ça quand tu arrêtes la pilule. Donc en plus de pas pouvoir avoir de fun à cause de lui, ils en rajoutent pour prouver leur présence 7 jours par mois. Ils sont perdus les deux, on les a forcé contre leur nature, on leur a imposé un rythme avec la pilule, alors ils se sont dit vengeance. Maintenant ils ont appris la danse, et ils se vengent, ces p’tits bâtards (oui, je personnalise mon vagin et mon utérus, y’a quoi). Mais c’est pas grave, c’est une excuse pour passer une journée dans un bain chaud, à bouffer du chocolat.

J’ai 25 ans, un problème de vaginisme qui est psychologique.

Et j’ai mal au dos au quotidien (les rageuses diront que c’est la faute des boobs). Alors je prends rendez vous chez une ostéo. On parle, de mes antécédents médicaux, de mes douleurs de dos, des mes antécédents avec mon foie tout nul. Et dans son interrogatoire, elle me parle de gynécologie.

J’ai juste dit « un vaginisme, non traité, parce que psychologique, mais j’me suis fais une raison, je me soigne petit à petit. »

Elle est super cette ostéo.

Elle me regarde, et me dit qu’elle est passionnée par la gynéco. Qu’elle refuse que les femmes « s’y fassent » et que même si il y a un problème psychologique, c’est aussi une excuse de merde pour des professionnel.le.s qui ne trouvent pas le fondement du problème. Que même si il y a du psy, le problème est mécanique. Que c’est hors de question que la sexualité féminine soit touchée par un manque de professionnalisme. Alors elle me dit qu’elle promet pas de faire des miracles. Mais elle va regarder. (On dirait pas comme ça, mais je suis actuellement entrain de pleurer d’écrire ça. Si seulement cette femme incroyable était rentrée dans ma vie 10 ans plus tôt, j’te jure…).

Elle touche mon bas du ventre.

Une fois, deux fois, elle cherche. Elle trouve, me regarde et me dit « bon, là où il est sensé avoir l’utérus, vous avez l’ovaire gauche, donc l’utérus est totalement sur la droite, et totalement immobile. Ça va faire mal, mais je vais le remettre petit à petit. » T’as déjà eu cette sensation qu’on te retourne l’intérieur ? Je ne te le souhaite pas. C’est assez douloureux, désagréable. J’dirai pas que les règles c’est une balade de santé à côté, mais presque.

Après elle me dit : « bon, je vais faire un truc pas agréable, si vraiment ça fait trop mal, tu me dis » (oui, entre temps on est passé au tutoiement, parce que bon, quand on vit une douleur comme ça devant quelqu’un on est intime, et surtout elle remet en place mon utérus on peut difficilement faire plus intime… Non? Puis on a le même âge. Puis merde, je fais ce que je veux.) Pas agréable ? C’est à dire ? Non parce que là t’as cru que c’était des papouilles sur le bras que tu me faisais ?

Elle a pris une respiration, elle m’a tout expliqué. Ce qu’elle faisait, comment était positionné l’utérus ce que ça engendrait au niveau du plexus gastrique, au niveau artériel, nerveux (je te passe le cours d’anatomie). Elle a pris le temps, la douceur, le professionnalisme de tout expliquer, montrer (et même de mimer, elle est très forte pour imiter l’utérus). Ça allait mieux. Je souffrais, mais je savais pourquoi, je savais à quel niveau.

Je comprenais mon corps tu vois. En 10 ans c’était la première fois. J’ai respiré un grand coup, elle a appuyé, j’ai eu mal, elle avait chaud parce que faut appuyer fort, j’ai eu de plus en plus mal. Et elle a arrêté. Elle m’a dit que ça suffisait. J’ai passé 2 jours littéralement en PLS après ça. J’avais mal partout, j’avais l’impression que mon bas du ventre n’était qu’un immense hématome. Et ça allait mieux. J’veux dire beaucoup mieux. J’te parle pas de 100% guéri. Je te parle de mettre une cup menstruelle sans avoir mal. J’te parle d’éventuellement envisager que ma vie sexuelle n’est pas foutue. En 20 minutes de discussion et 2 séances cette femme a changé littéralement une part de ma vie. Alors oui, j’te parle pas du psy, qui lui est encore en travail. Mais ça avance.

J’avais renoncé. Il a suffit d’une personne pour changer ça.

Je sais que le travail n’est pas fini. Loin de là. Effectivement, même si du mécanique est en jeu, ce qu’il se passe dans ta tête c’est 90% du problème. Tu vois quand t’es stressé.e et que tu as des nœuds dans le dos à cause de ça ? Bah c’est le même principe. Ton mental et ta tête bloquent tout. Ma tête bloque encore, mais je soulage petit à petit les tensions. J’aimerai que ce genre de choses soient banalisées, soient expliquées. Tu sais que j’ai fait 2 ans de PACES, études en médecine, et 3 ans d’école en soins infirmiers. J’ai jamais entendu parler de ça. J’ai jamais appris la morphologie féminine. C’est grave quand même non ?

Alors j’aimerai banaliser ce genre de sujets. C’est pour ça que je t’en parle aujourd’hui, parce que je me dis que si j’en parle, j’en aurai peut être moins honte. Et peut être que d’autres personnes pourraient commencer aussi leur travail et aller mieux. On a qu’à dire que les sujets qui permettraient d’aller mieux, de se sentir plus épanouis, plus libre ne sont pas tabous ni honteux. T’en penses quoi ?

Alors j’ai pas honte :

J’ai un vaginisme. J’ai subi un viol. J’ai des complexes importants. J’ai fait une dépression. J’ai déjà eu des idées noires.

Et j’en parle. J’veux que ça aille mieux. Et j’veux que tu ailles mieux. Viens on parle.

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